Description du projet

Certaines minorités culturelles moins influentes moins connues de l’arène politique formelle se tournent de plus en plus vers les médias sociaux pour être politiquement actives et faire avancer leur cause, à la fois de manière transnationale et dans des contextes nationaux spécifiques. Il y a peu de recherche entourant ce phénomène nouveau, qui n’est pas encore bien compris. L’objectif global de ce projet de recherche financé par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) est de déterminer comment les médias sociaux fonctionnent en tant que forme de mobilisation pour atteindre des objectifs politiques pour les minorités. De manière plus générale, les médias sociaux joueront un rôle de plus en plus important au cours de la prochaine décennie dans le processus politique au sein et à l’extérieur des campagnes électorales, des débats politiques et de la politique partisane.

Le projet met l’accent sur la présence du mouvement Idle No More dans l’univers Twitter. Ce mouvement, dirigé par de nombreux peuples autochtones au Canada, a émergé en décembre 2012 en réaction aux propositions de politiques contenues dans le projet de loi omnibus C-45. Celui-ci vise à mobiliser les peuples autochtones au Canada et à l’étranger, ainsi que leurs partisans, à préconiser des changements au niveau des politiques relatives aux ressources naturelles, à la gouvernance et aux questions socio-économiques, en attirant l’attention sur leur identité, leur histoire et leurs combats.

Nous considérons comment les médias sociaux sont utilisés par les minorités pour la mobilisation politique, la formation identitaire et l’élaboration des politiques. Alors que de nombreux chercheurs ont étudié les phénomènes de protestation entraînés principalement par des considérations économiques ou politiques ces dernières années, peu ont examiné l’engagement politique populaire basé sur l’identité dans le payasage des médias sociaux. Notre projet vient combler cette lacune dans la littérature spécialisée et contribue au développement et à l’essai de la théorie.

Nous effectuons une analyse de contenu qualitative et quantitative d’un échantillon de 17 482 gazouillis #idlenomore qui est apparu sur la page publique Twitter entre juillet et août 2013. Nous déterminons comment et dans quelle mesure les gazouilleurs ont distribué du matériel numérique et ont interagit les uns avec les autres au sujet des positions politiques compatibles avec leurs intérêts et objectifs personnels. Nous examinons également la façon dont ils ont mobilisé leurs partisans autour d’initiatives d’engagement politique sur des questions spécifiques et à court terme. Enfin, nous cherchons à comprendre la mesure dans laquelle les gazouilleurs ont été engagés dans l’activisme culturel en ce qui concerne l’identité autochtone au Canada.

Sur la base de la théorie de l’« agenda-setting », nous explorons les relations potentielles entre les efforts de mobilisation basés sur Twitter des militants Idle No More et le discours politique, ainsi que le développement des lpolitiques publiques. D’abord, nous examinons les questions relatives aux affaires autochtones posées durant la Période des questions de la Chambre des communes pendant l’année ayant suivi l’émergence du mouvement en décembre 2012. Nous comparons ensuite les budgets fédéraux et le nombre de projets de loi relatifs aux affaires autochtones déposés durant les trois annés précédant le début du mouvement et les trois années l’ayant suivi.

Puisque la méthode décrite ci-dessus ne permet pas de tenir compte des changements plus généraux dans la dynamique politique entre les peuples autochtones et l’État canadien, nous complétons notre analyse de contenu au moyen d’entrevues et de sondages. Nous interrogeons des intervenants clés afin d’évaluer leurs points de vue et leurs expériences liés à la campagne Idle No More et la formulation de politiques publiques. Nous interrogeons aussi des gazouilleurs #idlenomoreautochtones afin de déterminer comment la mobilisation par le biais des médias sociaux a contribué à renforcer l’identité autochtone.

Notre projet de recherche apporte des contributions importantes en termes d’établissement d’une théorie sur la façon dont les minorités utilisent les médias sociaux pour l’atteinte d’objectifs politiques. En outre, nous présentons des façons dont les peuples autochtones au Canada et à l’échelle internationale peuvent se mobiliser efficacement pour atteindre des objectifs politiques. Conformément au domaines de défis de demain du CRSH, nous améliorons le discours public sur les affaires autochtones. Enfin, notre projet permettra le lancement d’un groupe de recherche international sur les médias sociaux, l’engagement politique et les minorités, effectuant des travaux de recherche comparative.

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